Construction des sociétés inclusives et lutte contre l’extrémisme et la xénophobie

Madame Anna Rurka présidente de la Conférence des Organisations Internationales Non Gouvernementales (OING) au Conseil de l’Europe a demandé à Pierre-Julien DUBOST quelques lignes sur cette problématique.

Voici la contribution de Pierre-Julien, Président de la Confédération Internationale des Travailleurs Intellectuels (CITI) et Président d’honneur du Comité Mondial des Apprentissages tout au long de la vie.

Nous sommes plongés inéluctablement, à cause de la mondialisation et de la révolution technologique, dans des métamorphoses civilisationnelles. Celles-ci entraînent, dans l’espace et le temps, des ruptures majeures, ruptures auxquelles nous devons faire face le mieux possible en faisant appel à l’intelligence sociétale.

Notre société mondialisée ne porte aucun programme génétique ; pourtant elle se doit de concilier croissance et développement.

L’économie de la connaissance y cherche ses marques dans un climat souvent en crise de solitude et de désespérance alors que cette économie de la connaissance devrait générer l’épanouissement personnel, l’autonomie intellectuelle et une aptitude à participer et à coopérer au développement de notre Société.

Pas de conduites sociétales intelligentes dans une situation sociale inintelligible qui favorise l’extrémisme, pas de participation à des actions de progrès.

L’action à mener : développer l’intelligence sociétale pour une participation éclairée des citoyens aux actions de progrès. La question à se poser :

Dans les domaines complexes relevant des systèmes et produits sociaux, que faut-il faire en matière d’éducation, pour que les citoyens s’impliquent davantage dans cette mission déterminante pour l’avenir : « le développement d’une conduite sociétale intelligente rejetant la xénophobie et l’extrémisme dans ce contexte de post modernité. » ?

Le groupe CTI a abordé quelques pistes pour y répondre. A chaque ONG le soin de les compléter, les préciser ou les critiquer, en tout cas de dialoguer avec nous. 

Les concepts de la réponse–

Tout d’abord, quelques mots sur les concepts : 

« Conduite intelligente » : voilà un concept souvent flou mais qui pourtant devrait motiver chacun d’entre nous pour nous sortir du subi, de l’aléatoire et nous faire rentrer dans une démarche voulue d’évolution adaptative visant un progrès.

A la lumière des bouleversements et des conflits qui sont le lot de notre quotidien et qui portent souvent en germe l’individualisme et la désespérance, –favorisant les extrêmes–, nous avons conscience que le développement de cette intelligence sociétale est un des impératifs majeurs de sociétés inclusives.

« Développement de l’intelligence sociétale ! »

Ce projet apparaît aujourd’hui comme fortement négligé alors que le développement de l’intelligence économique semble retenir de plus en plus l’attention des Politiques et des Entrepreneurs.

Que veut–on dire lorsque l’on parle de « sociétal » ? (à ne pas confondre avec social). En effet, on peut s’intéresser à une société de deux manières :

  • sociale,
  • sociétale.

On parle de « social « quand on s’intéresse à la structure de la société, à son développement, à son organisation, aux conditions de la vie de ses membres, en d’autres termes à la socialité. Elle est spécifique à chaque Etat et à son histoire. La dimension structurelle est essentielle.

On parle de « sociétal » quand on s’intéresse aux individus qui la composent, à leur communication, à leurs relations, à leur compréhension et à leurs actions, en d’autres termes à la sociabilité. La dimension éthique est déterminante.

On fait preuve d’intelligence sociétale quand on est capable :

  • de comprendre les relations entre les composants d’une situation considérée comme un système
  • de concevoir une réponse formative adaptée de ce système dans un contexte donné à partir d’une finalité que l’on se la donne pour :
    • accepter la complexité et conserver sa variété,
    • accroître les échanges d’information et la qualité de la communication,
    • fonder du collectif

Rappelons, si nécessaire, que la finalité d’une formation citoyenne est le service de l’Homme dans et pour une société dont il est partie intégrante.

Cela fait dire à certains que l’intelligence est avant tout une faculté d’adaptation. Pour nous, elle est aussi une capacité de créer, d’innover et d’évoluer. C’est cette acception que nous retiendrons.

Pour tout homme de qualité et de bonne volonté et pour nous « CTI », concrètement « l’intelligence sociétale », c’est agir, à la fois, pour le progrès individuel et social de la personne humaine et pour un développement harmonieux de la société.

La société inclusive ne peut se faire – et nous le savons par expérience – que sur des valeurs permettant le développement de la mobilisation pour le bien commun et de l’intelligence collective et participative qui va bien au-delà de chaque intelligence individuelle.

Selon nous, cette intelligence collective et participative fait appel, dans notre société, à deux principes majeurs :

  • des méthodes relevant de la gouvernance, de la subsidiarité,

  • la création d’espaces de solidarité et de responsabilité partagée, dans le respect des Droits de l’Homme.

La valorisation de la conduite sociétale !

Même si on se fixe ainsi, comme but, la conjonction du service de l’Homme et du progrès de la Société, ce qu’Edgar Morin appelle « l’éthique du genre humain ? », on ne remplira que la partie nécessaire mais non suffisante d’une conduite sociétale intelligente.

En effet, si – comme l’a rappelé Sénèque en son temps : « il n’y a pas de bon vent pour celui qui ne sait pas où il va », il faut savoir, pour atteindre cette finalité, gouverner dans un contexte, à la fois, agité et homéostasique, donc présentant une certaine inaptitude au changement.

Si parfois, il nous arrive d’employer le terme fort « d’analphabétisme sociétal », c’est notre conviction étayée sur de nombreuses années d’engagement social et sociétal, que, sans la connaissance du fonctionnement des systèmes sociaux, la possibilité de faire évoluer ces systèmes sociaux est pratiquement impossible, hors des situations de conflit.

Donc pas de conduites sociétales intelligentes dans des situations sociales inintelligibles.

Pour qu’il y ait le changement réussi vers des sociétés inclusives, il faut, à la fois, un consensus sur la problématique concernée par ce changement et une appropriation de la réponse par les acteurs concernés.

Chacune des parties prenantes doit se sentir co-responsable de la réussite comme de l’échec.

C’est sur ces principes de montée en compétence citoyenne que le groupe CTI œuvre depuis de nombreuses années.

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4 comments for “Construction des sociétés inclusives et lutte contre l’extrémisme et la xénophobie

  1. Jean-Philippe LaMarche
    16 juillet 2016 at 10 h 07 min

    Voici ce qu’écrivait Armand ROBIN, un grand ancien du lycée ND de Campostal :

    Avec de grands gestes,
    J’ai jeté pendant quatre ans mon âme dans toutes les langues,
    J’ai cherché, libre et fou, tous les endroits de vérité,
    Surtout j’ai cherché les dialectes où l’homme n’était pas dompté.
    Le martyre de mon peuple, on m’interdisait
    En français,
    J’ai pris le croate, l’irlandais, le hongrois, l’arabe, le chinois
    Pour me sentir un homme délivré . . .
    Je ne suis pas breton, français, letton, chinois, anglais
    Je suis à la fois tout cela.
    Je suis homme universel et général du monde entier. . .
    S’il faut au désespoir un rendez-vous dans le monde,
    Je suis là, passager possesseur d’une âme soumise,
    On peut chez moi déposer les nouvelles du monde entier,
    Des nouvelles du monde resté intact, resté vrai!
    Pour que tous les mots vrais puissent exister,
    Je me suis, moi par moi pillé, durement dénudé!

  2. tortes saint jammes
    21 juillet 2016 at 14 h 52 min

    c’est vraiment super intéressant; c’est essentiel de pouvoir travailler tous ensembles, société civile, entreprises, universités, territoires, usagers…. D’ailleurs, dans la chaire d’économie collaborative de l’IPAG dont jean philippe fait partie, la chaire d’économie inclusive est associée, ainsi que la volonté de développer des projets de coopération décentralisée.

  3. Aline ALPHAIZAN
    4 août 2016 at 9 h 19 min

    Merci Jean-Philippe pour ces textes et cette belle initiative.
    Forte du principe que chaque humain doit avoir sa place dans la société pour pouvoir partager son expérience et réflexion de vie, je cautionne à 100 % « L’intelligence sociétale ».
    « Seul on va plus vite, ensemble on va plus loin ».
    Pour mon compte, je n’ai encore rien de trouver de mieux, que la communication, la transmission des valeurs et la Culture Générale, notamment l’Histoire. « Comment comprendre ce que nous vivons, si l’on se sait pas ce qui s’est passé avant…? ».
    Soyons curieux des autres, n’ayons pas peur du changement et essayons de réfléchir ensemble quelles actions nous pourrions mettre en place.
    Au plaisir de vous rencontrer et dans dans cette attente, je vous souhaite un bel été.

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