Quand on veut on peut… échanges avec Philippe Streiff

Sous le titre « Quand on veut, on peut », Philippe (STREIFF) nous donne espoir : il va être (re)donné une mobilité aux personnes handicapées et âgées. Publié le 26 janvier 2010

La formule me plait. D’autant plus qu’elle colle comme un gant à la majorité des personnes handicapées que je connais : des personnes battantes, simplement isolées des autres par un manque de moyens (pas de travail, environnement non accessible…).Leur redonner une mobilité, c’est super !!!! –

(Sites de Philippe : www.lescreateursdepossibles.com et www.philippe.streiff.com ). C’est pourquoi j’invite tous les acteurs mobilisés autour du handicap à oeuvrer ensemble pour le mieux-être de tous. Mieux-être qui commence par l‘accessibilité : créons des groupes de travail pour faciliter !Les échanges ci-dessous entre Philippe et moi montrent un désir commun de continuer à rouler pour les autres.Jean-Philippe LaMarche

C’est bien, ça fait rêver ! mais je ne vous cache pas que suite à accident de la vie, je n’ai pas les moyens. Et je ne suis pas le seul. Nous attendons plus d’organisation, de pragmatisme en ce qui concerne la prise en compte du handicap.

Philippe Streiff

Oui vous avez raison… C’est pour cela que le Gouvernement a mis en place, en novembre 2009, le Comité Interministériel du Handicap (CIH), qui en relation avec le Centre de Ressources et d’Innovation Mobilité et Handicap (http://www.ceremh.org ), va améliorer en France « l’automobilité » des personnes âgées et handicapées !
A bientôt…!
D’accord avec vous Philippe, cela va améliorer en France l’automobilité de certaines personnes âgées et handicapées !
Permettez-moi une première question : pensez-vous que la pléthore de conseillers et délégués ministériels au handicap, à l’accessibilité… le grand nombre de comités : CNCPH, CIH… sont synchrones et opératifs ?

Pensez-vous que la réalité de la vie, que les messages de détresse que voudraient leur faire passer les personnes handicapées ils les entendent ? Je parle de ces accidentés de la vie qui n’ont plus de travail et qui sont depuis quelque temps les victimes d’effets d’annonce lassants. Le décalage est trop grand entre la réalité de la vie des uns et la perception qu’en ont les « têtes parlantes ».

Bientôt il y aura l’observatoire de l’accessibilité…on l’on trouvera certainement les mêmes personnes ? Doit-on en espérer du pragmatisme ? (voir mes différents articles sur http://wp.me/pFjBm-1d )

On peut aussi s’interroger sur l’appel à associations privées très « chapellisées » dont les prestations onéreuses (et qui rapportent à qui ???) par les comités précités.

Si encore il s’agissait de groupes de travail, on pourrait espérer des réponses concrètes et au moins montrer que l’on respecte les personnes moins favorisées. (Nous avons tous les jours des exemples d’entretiens qui ne rapportent rien aux personnes handicapées).

Dans un premier temps, et sur le sujet de l’accessibilité qui me tient à cœur, pourquoi ne pas rechercher pour le mieux-être de tous, une transversalité entre toutes les formations puis la mutualisation de formations Normalisées ?
Qu’en pensez-vous ?
A bientôt !

Philippe Streiff January 31 at 11:33am

… Oui Jean-Philippe, la LOI du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, trés ambitieuse, impose ces instances interministérielles (pour le CIH) et associatives (pour le CNCPH)… En effet, la mise en application de cette loi, sur 10 ans, nécessite d’avoir des « conseillers » handicapés, dans chaque Ministère concerné (Santé, Travail, affaires sociales, famille & Solidarité, Transports…ect…), qui vivent le handicap au quotidien !
A bientôt…?
Philippe Streiff

Jean-Philippe LaMarche

Bonjour Philippe,

Je crois que nous devons en premier lieu, pour ceux qui nous lisent, porter un éclairage sur ce que veut dire « vivre le handicap ». Nous le vivons tous les deux.

Mais, cette notion a évolué et nous n’en avons peut-être pas la même approche. Si, à bord de ce que j’appelle « le manège » (cf. article dans Pouvoirs Locaux n° 82), les personnes semblent considérer le handicap d’un point de vue strictement médical, administratif ou technique – – appelons-le comme bon nous semble ! — beaucoup de personnes handicapées le voient et le vivent mais avec ses petits à-côtés : pauvreté, chômage, accessibilité.  Enfin, avec tous les aléas que rencontrent les accidentés de la vie qui n’ont pas eu la chance d’obtenir indemnisation, qui ne travaillent pas et ne peuvent se constituer une retraite décente, pour qui sortir dans leur ville devient « The » parcours du combattant, pour qui payer sa mutuelle est un vrai casse-tête… La liste serait longue vous savez.

Et c’est là que le bât blesse car si la loi de 2005 est effectivement ambitieuse, il manque une volonté politique de la faire appliquer. Elle reste donc dans le registre effets d’annonce.

Pour ce qui est des instances associatives imposées par la loi de 2005, on peut se poser la question de savoir si elles ne vivent pas que des bénéfices liés à l’organisation de colloques et autres très nombreuses manifestations sur le sujet très porteur du handicap ? Les différents passagers du manège y vont aussi qui parlent… Tout cela me semble participer du registre effets d’annonce cité plus haut. A moins que les échanges ne soient réellement exploités ??? A creuser, je pense…si des subventions sont accordées.

Pour agir pour le mieux-être de tous, ne devrait-on pas plutôt créer des groupes de travail ? Groupes qui essaieraient de réunir ce qui est épars et éviteraient de saucissonner les questions à traiter entre différents pôles à objectifs différents.

Pour ces raisons, les « laissés pour compte » ne font plus confiance à ceux placés à bord du manège : c’est plus qu’évident, il suffit de se parler quand on se rencontre dans les véhicules du PAM ou lieux publics. (Une pétition serait en cours critiquant ce décalage.)

Ils n’attendent plus rien. Redonnons leur espoir et confiance.

Pour conclure, je continue le combat !  Je cherche du travail et me bats pour l’accessibilité et la survie des laissés pour compte.

Faisons notre cette idée de l’Amiral Antoine Sanguinetti  (juin 1979) :

« Rétablir la rigueur, dans la pensée comme dans l’action, ne pourrait avoir que des effets bénéfiques en écartant des nombreux postes de décision où ils se complaisent aujourd’hui, tous ceux qui n’oseraient assumer les risques de la fonction ou n’auraient notoirement pas les capacités requises. Mais nous revenons là, sans ambigüité, à l’hypothèse d’un changement de société. »

A bientôt, Philippe et merci pour ces échanges.

2 Réponses

  1. DAUSSY Jean R., on 3 février 2010 at 15:30 said:

    Bonjour Philippe et Jean-Philippe,

    Après avoir lu les échanges précédents, il me semble que vous partagez trois points en commun :

    1/ vous êtes l’un et l’autre des personnes directement concernées par l’application partielle de la Loi du 11 février 2005, étant confrontés quotidiennement à cette non conformité de la société à l’ensemble des citoyens

    2/ vous êtes pénalisés aujourd’hui, comme l’ensemble des citoyens, par ce que j’ai proposé à Patrick GOHET depuis environ trois ans et qui n’est toujours pas apparu dans les Décrets de ladite Loi, c’est-à-dire, la normalisation du diagnostic et de la formation en Accessibilité. En d’autres termes, que les Pouvoirs Publics reconnaissent l’intérêt et officialise une méthodologie unique aussi bien pour le diagnostic que pour la formation. Patrick m’a précisé quelques fois que cela représentait un travail énorme : c’est vrai. Cependant, le Bâtiment en général, au travers des décades, est devenu de plus en plus complexe impliquant, de la part des professionnels, différentes formations pour être informé et répondre aux exigences des lois applicables (amiante, termites, gaz, électricité, thermique,…). En conséquence, lesdits professionnels ne vont acter ces différents diagnostics et formations que dans la mesure où il existe un seul diagnostic normalisé et une seule formation normalisée. La pléthore de diagnostics et de formations en Accessibilité sur le marché sont un frein à la mise en place de cette Loi du 11 février 2005. Preuve en est que, cinq ans après, tous les professionnels du Bâtiment ne sont pas formés et nous sommes loin de cette finalité. Depuis octobre 2007, les études d’architecture intègrent l’Accessibilité (enfin) et avant que ces étudiants deviennent des architectes opérationnels, il est raisonnable de prendre un recul d’environ dix ans.

    Pour résumer ces quelques lignes, nous voulons et allons mettre en place ces deux normalisations qui seront les outils d’aide à la décision pour les maîtres d’ouvrages.

    3/ vous avez le prénom ou une partie de prénom en commun, ce qui peut laisser apparaître une même volonté de parvenir à la finalité, initialement prévue, de l’application intégrale et sans réserve de cette Loi.

    Quant aux freins à cette application, je constate avec regret :

    1/ que la disparition de la Délégation Interministérielle aux Personnes Handicapées (DIPH) amène à une ventilation et à la création, dans les différents Ministères concernés, d’un Conseiller Handicap, en espérant que chacun d’entre eux développe la même motivation et la même sensibilité à créer ces normalisations.

    2/ je confirme le regret qu’il n’existe pas de transversalité entre les différentes associations de personnes en situation de handicaps, chacune travaillant pour sa propre « chapelle », donc ne développant que des actions éventuelles et spécifiques.

    3/ je constate également que la multiplicité des colloques sur le thème « Accessibilité » est très attractif pour les organisateurs de congrès dont l’objectif est plus une rentabilité que de participer à la normalisation nationale de l’Accessilité.

    Philippe, en raison de priorités politiques auxquelles vous êtes contraint, Jean-Pierre MARGUARITTE vient de m’informer du report du rendez-vous au vendredi 12.02.2010 à 17 H 30 et j’aurai le plaisir de dialoguer sur ces différentes observations, en vous donnant les raisons de mes réserves, ainsi que celles de mon obstination à la concrétisation de cette normalisation, soit au départ de la France vers l’Europe, soit au départ de l’Europe vers la France, avec le risque d’une forte influence germanique ou anglosaxonne.

    Salutations les meilleures

  2. reçu de Guy Dhotel que je remercie pour son témoignage :
    J’ai lu ton échange sur « Concertation et Pragmatisme » avec Philippe Streiff.
    Je vis également au quotidien le parcours du combattant, les trottoirs de plus en plus hauts (!!!), etc…
    Paris est une ville où l’on ne peut se déplacer qu’en roulant sur son fauteuil ou en ayant sa propre voiture. Les autres moyens de transports : métro, bus, taxi, nous sont interdits :(pardon, il y a deux ou trois bus adaptés sur une ou deux lignes (!), un RER accessible, mais pas d’ascenseur pour sortir du métro…
    Je suis frappé par le mépris du handicap des chauffeurs de taxis.
    On retrouve tous ces problèmes d’accessibilité depuis des décennies, et j’y vois fort peu de changement, sauf dans quelques villes qui ont eu la volonté de faire.
    amicalement. Guy.

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